La cécité des chiens nous aide à comprendre comment aider les enfants aveugles

Soigner la cécité des chiens aide à comprendre comment aider les enfants aveugles

Mis en ligne le: 3 octobre 2012

Lorsque le Dr Gustavo Aguirre s’est affairé à trouver un traitement pour la cécité nocturne chez le chien, une maladie associée à l’atrophie progressive de la rétine, il était conscient que le travail allait demander beaucoup de patience. Au début de l’étude de la maladie, la cartographie génétique canine n’existait pas encore. Il a tout de même été en mesure de déterminer la mutation associée à la maladie. Par la suite, en fournissant ses échantillons, il a mené à une contribution importante pour la cartographie du génome canin, complétée en 2004.

Grâce à cette information, le Dr Aguirre a réussi non seulement à trouver un traitement pour la maladie, mais également à établir les connaissances nécessaires aux éleveurs de chiens afin d’éviter la propagation de la maladie au moyen de reproduction sélective. Les avantages de ce travail dépassent largement les chiens qui bénéficient d’une cure pour leur problème de vue. Lisez ce qui suit pour en apprendre davantage sur la façon dont les recherches menées sur des chiens peuvent bénéficier aux humains et aux autres espèces.

POURQUOI CARTOGRAPHIER LE GÉNOME CANIN?

Il a fallu beaucoup de temps pour cartographier le génome canin, principalement parce que les chercheurs n’étaient pas entièrement convaincus de l’utilité de la chose. Ils n’étaient pas conscients de la valeur que pouvait apporter la recherche sur le chien en matière de découvertes scientifiques. Pourquoi? Parce que, comme l’affirme Erica Kitchen, directrice Développement et communications pour la Canine Health Foundation (CHF) : «Les chiens pur-sang ont un code génétique plus uniforme. Les humains sont sur ce point très diversifiés. Ainsi, les chiens pur-sang ne disposent pas du bruit génétique en arrière-plan, il est donc plus facile de déterminer la cause d’une maladie, comparativement aux chiens de races mélangées ou aux humains. Le temps nécessaire pour déterminer les causes génétiques des maladies chez l’humain peut de cette façon être réduit.»
Les chiens et les humains ont des marqueurs génétiques similaires. «Nous partageons également le même environnement, nous vivons dans le même monde et nous buvons la même eau», précise Mme Kitchen. Cela permet l’application de la «médecine comparative», c’est-à-dire le transfert des pratiques effectuées sur une espèce sur une autre espèce. Un mouvement d’importance, nommé One Health, fait la promotion de la médecine comparative afin de faire avancer la science au profit des humains et des animaux familiers.

DÉTERMINER LE REMÈDE

Le Dr Aguirre a déterminé le gène qui cause la cécité nocturne congénitale stationnaire chez une race de chien nommée berger de Brie. Une fois la mutation déterminée, le Dr Aguirre a été en mesure de soigner la condition en attachant un gène ne contenant pas la mutation à un virus et en injectant celui-ci à l’intérieur de l’oeil d’un chien aveugle. Cette procédure a corrigé le gène problématique de l’oeil, et l’animal a recouvré la vue. L’intervention a été nécessaire pour les chiens déjà aveugles, mais ne le sera pas pour les nouvelles générations. En effet, le Dr Aguirre a également établi les connaissances nécessaires aux éleveurs de chiens afin d’éviter la propagation de la maladie au moyen de reproduction sélective.
Afin de partager sa découverte, le Dr Aguirre a voyagé avec Lancelot, un chien qui a recouvré la vue grâce à ses recherches.

UNE DEUXIÈME CHANCE POUR LES HUMAINS

Le concept de reproduction sélective n’existe pas chez l’humain. Toutefois, la thérapie génique du Dr Aguirre utilisée sur Lancelot est tout de même pertinente pour aider à assurer une vue à vie chez les personnes atteintes d’une maladie similaire. Chez l’humain, la maladie se manifeste par une cécité générale, nommée amaurose congénitale de Leber, plutôt qu’une cécité nocturne. La vue des enfants nés avec la maladie est très réduite. Après la découverte chez les chiens, le traitement s’est retrouvé en phase d’essai à l’hôpital pour enfants de Philadelphie (Children’s Hospital of Philadelphia). Jusqu’à maintenant, les essais sont concluants.

DES PRATIQUES DE RECHERCHE ADAPTÉES AUX CHIENS

Vous vous demandez peut-être si ces études peuvent créer un certain malaise chez les chiens. Mme Kitchen explique que la CHF ne subventionne aucune recherche qui n’est pas conforme à ses politiques de recherche, nécessitant que les animaux soient soignés et traités adéquatement. De plus, tous les chercheurs sont responsabilisés. Dans les recherches génétiques comme celles-ci, tous les tests sont effectués en analysant l’ADN en provenance d’échantillons de sang. Cela veut dire que les chiens ne se trouvent même pas dans un milieu de recherche; ils ne subissent qu’un prélèvement sanguin lorsqu’ils reçoivent des soins ou lorsque leur propriétaire les amène chez le vétérinaire. Lorsque les chercheurs publient une demande de participation, tous les échantillons de sang sont fournis de manière volontaire, avec le consentement du propriétaire du chien.

«Nous disposons d’une banque d’ADN où les propriétaires peuvent soumettre des échantillons de leur chien pour des études qui ne sont même pas encore imaginées», ajoute Mme Kitchen. «Dans ce cas particulier, le chien n’éprouve aucun malaise. Il ne se trouve même pas dans un environnement de recherche.»

PARTAGE DES CONNAISSANCES

Une fois qu’une découverte a été faite, cela a des répercussions dans toute l’industrie de la recherche. La CHF souhaite que cette percée permette de pousser la recherche sur le génome canin afin d’améliorer la vie des animaux familiers ainsi que celle des humains.